«Religiosités séculières & sacré laïque» : appel à communication

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Colloque international

14 – 15 mai 2020, Épinal, France 

Date limite de soumissions : 31 janvier

Le Colloque international 2020 Religiosités séculières & sacré laïque. Aux Imaginales d’Epinal rendra hommage au père fondateur de l’École française de sociologie, Émile Durkheim, et à l’ethnologue Marcel Mauss. 

Le centre de recherches tient ses activités sur deux jours, chaque année, dans les jours précédant le Festival d’Épinal, ce qui lui permet de bénéficier de l’expérience culturelle vécue dans cette ville depuis des années. Il reçoit des spécialistes français et étrangers et contribue ainsi au rayonnement scientifique du Festival.

Émile Durkheim et Marcel Mauss

Céline Bryon-Portet, directrice du colloque, explique qu’il aura pour objectif d’étudier les religiosités séculières et les formes laïques du sacré afin de mieux comprendre la société contemporaine mais également l’homme moderne, dont on peut se demander s’il ne sera pas toujours un « homo religiosus » selon l’expression de Mircea Eliade, c’est-à-dire un être épris de sacré et en mal de transcendance, y compris dans ses activités les plus profanes. Les contributeurs pourront explorer quelques-unes des pistes de réflexion suivantes : pourquoi naissent ou semblent progresser, de nos jours, les religiosités séculières ? Par quels mécanismes se diffusent-elles et à quels besoins répondent-elles ? Faut-il y voir la preuve que l’homme continue d’être cet « homo religious » (pour emprunter à Mircea Eliade) qu’il a toujours été, et par conséquent insister sur un continuum ; ou doit-on plutôt envisager de manière disruptive la sécularité qui les sous-tend et qui semble dénaturer quelque peu le champ religieux tel qu’il se déploya pendant près de deux millénaires ? La forme diffuse et flottante des religiosités séculières est-elle vraiment inédite, ou renoue-t-elle avec les formes antiques d’un religieux qui ne se laissait pas encore enfermer dans la cage d’acier des institutions ? Les religiosités séculières sont-elles aussi structurantes et fédératrices au plan intra-communautaire3, pour nos contemporains, que les grandes religions monothéistes traditionnelles ? La politique incarne-t-elle toujours un sacré laïque ? Que traduit l’association apparemment paradoxale des sphères sacré et profane, telle qu’elle s’exprime dans les religiosités séculières et le sacré laïque ? La multiplication de ces religiosités, leur caractère diffus, leur propension à gagner l’ensemble de la sphère profane, sont-ils le signe d’une vitalité du sentiment religieux ; ou, au contraire, cette fragmentation de référents communs, cette dissémination de cadres normatifs naguère rigides et qui renvoyaient à un Dieu clairement identifié sont-ils les symptômes d’une banalisation pathogène de la religion, d’une dilution anomique des éléments qu’elle portait naguère ? Faut-il voir dans l’apparition d’un sacré laïque la marque d’une sacralisation de la vie profane, ou d’une profanisation de la notion de sacré ? Autrement dit, lequel des deux termes, dans l’expression « sacré laïque », l’emporte-t-il sur l’autre ? À moins qu’il ne s’agisse d’une logique d’équilibrage… Les théories – certes opposées mais pour cela même complémentaires – d’Émile Durkheim et de Max Weber, pourraient d’ailleurs nous aider à envisager des amorces de réponse. Qu’est-ce que les religiosités séculières nous apprennent concernant les rapports que la religion et la société entretiennent ? Celles-ci se définissent- elles et s’alimentent-elles mutuellement, ainsi que semblait le penser Durkheim qui en faisait des termes presque synonymes (mais qui ne pouvait pourtant s’empêcher de constater que la religion devient de moins en moins centrale dans les sociétés modernes occidentales et qu’il résulte de cela une certaine anomie) ? Doit-on considérer les religiosités séculières comme l’expression d’un phénomène de mondanisation de la religion, aux côtés de Weber qui concevait le protestantisme comme une religion tournée vers l’ici-bas et ayant favorisé l’émergence d’une économie capitaliste ? Les thèses de Thomas Luckmann autour d’une « religion invisible » (paradoxalement privatisée et en même temps généralisée, répandue dans le monde sous une forme déguisée qui la rend presque imperceptible) et de Peter Berger (dont « the sacred canopy » ou « baldaquin sacré » se fragmente et se pluralise sous la poussée d’une société qui s’autonomise et se rationalise…) pourront également aider à la compréhension des religiosités séculières. Mais au lieu de voir un continuum derrière les métamorphoses actuelles de la religion et du sacré, on peut tout aussi bien prendre le contre-pied d’une telle approche en identifiant une solution de continuité entre le religieux de l’époque prémoderne et celui qui se déploie à l’époque moderne. Hans Blumenger, par exemple, refuse d’envisager la modernité comme une sécularisation des principes et valeurs qui fondaient les grandes religions monothéistes, notamment le christianisme (le mythe du progrès, ou encore les droits de l’homme et du citoyen, comme réalisation des promesses du judéo-christianisme ici-bas, ainsi que le pense Blandine Kriegel), et insiste au contraire sur le caractère novateur de la modernité, la rupture que cette dernière instaure dans sa volonté d’autonomiser le sujet et d’émanciper sa pensée. On le voit, la difficulté à laquelle le chercheur est confronté lorsqu’il s’agit d’appréhender les religiosités séculières est elle-même liée aux multiples débats, parfois contradictoires, qui entourent la notion de sécularisation, ainsi que l’a exposé Karel Dobbelaere dans Secularization : a multi-dimensional concept. Le terme sécularisation, en effet, désigne selon les auteurs, tantôt une disparition ou une sortie de la religion sous l’effet de la modernité ; tantôt une mutations (et un transfert) du religieux, qui se déploie sous une forme moins institutionalisée ; tantôt un retrait du divin hors du monde (conséquence ultime d’un christianisme soustrayant Dieu aux affaires des hommes) ; tantôt au contraire une mondanisation des éléments religieux (conception wébérienne du protestantisme)… Devant l’absence de consensus que suscite cette notion et les discussions auxquels se livrent les chercheurs qui tentent d’en circonscrire les contours, de Hegel à Blumenburger, Jean- Claude Monod est allé jusqu’à parler de « la querelle de la sécularisation ». L’autre difficulté a trait aux notions de sacré, de religion et de religiosité, qui sont tout aussi difficiles à circonscrire et à définir que la notion de sécularisation. L’article d’Yves Lambert intitulé « La tour de Babel des définitions de la religion » atteste de cette difficulté définitoire. Or le terme « religiosité » ajoute encore un degré de complexité au terme « religion ». Comment surmonter une telle difficulté ? Ces pistes de réflexion ne sont guère exhaustives. Ce colloque s’intéressera aux études de cas mais également à des approches plus théoriques. Les propositions qui prendront en compte des religiosités séculières peu étudiées, ou des réflexions originales sur la thématique du sacré laïque, seront privilégiées.

Invités d’honneur 

Alain Caillé, président d’honneur du colloque. Né le 2 juin 1944, ancien assistant de Claude Lefort, il est sociologue, professeur émérite à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense et auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages, dont Anthropologie du don : le tiers paradigme. Spécialiste de Marcel Mauss, dont il contribua à faire connaître les écrits, il est le co-fondateur du MAUSS (Mouvement Anti-utilitariste dans les sciences sociales) en 1981 et dirige la Revue du MAUSS, publiée aux éditions La Découverte et au rayonnement international. Il est l’un des chefs de file d’une critique portant sur la croissance économique et l’utilitarisme (auteur du manifeste Critique de la raison utilitaire). A contrario, il développa la notion de convivialisme et est à l’origine du Manifeste convivialiste, texte signé par une soixantaine de personnalités du monde entier.

Blandine Kriegel, née le 1erdécembre 1943, elle fut assistante de Michel Foucault. Elle est agrégée de philosophie, professeur des universités et auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages de philosophie politique (dont Philosophie de la République et La République et le Prince moderne), commandeur de l’ordre national de la Légion d’honneur. Elle effectua diverses missions, dont une mission sur la modernisation de l’État pour François Mitterrand en 1984 puis une en 2002 sur les représentations violentes à la télévision. Elle fut conseillère de Jacques Chirac. Ancienne présidente du Haut Conseil à l’intégration (nommée en 2002) et ancien membre du Comité consultatif national d’éthique.

Modalités de soumission et calendrier

Les propositions devront comporter entre 3000 et 5000 signes (espaces compris), être accompagnées d’une bibliographie indicative ainsi que des titres, fonctions et appartenances institutionnelles de leur(s) auteur(s). Les textes sont à adresser à celine.bryon-portet@univ-montp3.fr avant le 31 janvier 2020. Ils seront évalués par le comité scientifique, qui livrera le résultat de ses expertises avant le 1er mars 2010. Une publication des actes est prévue à l’issue du colloque, après évaluation des versions définitives des textes, qui devront parvenir aux responsables scientifiques avant le 10 septembre 2020.

Coût

Une participation de 90 euros sera demandée aux intervenants. Les repas du 14 mai et le déjeuner du 15 mai seront pris en charge par les organisateurs du colloque, tout comme la nuit d’hôtel du 14 mai.

Comité scientifique international

Annamaria Rufino, professeur des universités (Université de Naples –Luigi Vantivelli, Italie)

Fatima Gutierrez, professeur des universités (Université autonome de Barcelone, Espagne)

Florence Dravet, professeur des universités (Université catholique de Brasilia, Brésil)

Beaudouin Descharneux, professeur des universités (Université Libre de Bruxelles, Belgique)

Bernard Gagnon, professeur des universités (Université du Québec à Rimouski, Canada)

Denis Jeffrey, professeur des universités (Université Laval, à Québec, Canada).

Jean Martin Rabot, Université de Minho,  (Braga, Portugal).

Rachid Hamadouche, professeur des universités (Université d’Alger 2, Algérie)

Panagiotis Christias, maître de conférences (Université de Chypre, Chypre).

Jean Pierre Brach, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, Paris.

Jean-Bruno Renard, professeur des universités émérite (Université Paul Valéry – Montpellier 3, France)

Antigone Mouchtouris, professeur des universités (Université de Lorraine)

Piero Galloro, professeur des universités (Université de Lorraine, France)

Stéphane Dufour, professeur des universités (Université de Lorraine).

Sylvain Wagnon, professeur des universités (Université de Montpellier)

Véronique Liard, professeur des universités (Université de Dijon, France)

Yves Chevalier, professeur des universités émérite (Université de Bretagne Sud, France)

David Douyère, professeur des universités (Université de Tours, France)

Denis Fleurdorge, maître de conférences HDR (Université Paul Valéry – Montpellier 3, France)

Franck Renucci, maître de conférences (Université de Toulon, France).

 

Direction scientifique

Céline Bryon-Portet, professeur des universités (chaire formes symboliques et pratiques rituelles, Université Paul Valery – Montpellier 3), directrice du colloque.

Georges Bertin, directeur de recherches en sciences sociales (socio-anthropologie de l’Imaginaire), co-directeur.

 

Direction et organisation

Docteur Jacques Oréfice, président des Imaginales Maçonniques et Esotériques d’Epinal.

Stéphane Wieser, directeur des Imaginales et directeur des Affaires culturelles de la Ville d’Épinal.

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